1.
Voilà l’émotion accordée. Tandis que se conjuguent les chapitres au désoeuvrement, l’été rugit dehors. Franchement, voilà encore cette équation impossible à éluder. Parce que les cocons d’hiver s’admettent aisément; et que l’estival se traverse à l’air en nombril.
2.
Lire à la plage. Avec tout le bruit des enfants. Lire au lit des amours. Dans un garage, au fond d’un hamac. Lire les empruntés. Et recycler des livres à pleins cartons. Lire des séquences. Science polar, séries bidons. Mais lire. Pour remplir l’espace des fictions. Et attendre.
3.
Définition : En non-état d’œuvre. Au pied de la métaphore, acculée au blanc du mur. Dans l’œil d’une tempête de nombril intérieur, et parmi les autres. Dans le blanc des yeux, en pleine décharge. Comment se noyer? En naviguant. Pour aller où? Viser les grands fonds.
4.
Sur la langue, l’effet du sang. Du sang, la couleur rubis. L’eau de la gemme, et la transparence des pierres. Sur le verre, une robe. Sur le vert, une tache sombre. Sur le vers, à tombeau ouvert. Au vin à l’heure.
5.
Et puis écrire à qui. Qu’est-ce que la poésie. Nommez une raison sociale. Ne serait-ce qu’adresse de l’esprit. Nommez cette élite. Moins de mille yeux. Rare divertissement, centaines d’arbres. Et puis écrire sur quoi. Même désoeuvrée de voisine chanson. Zéro fable, sans histoire, pas d’anecdote.
6.
Pourquoi s’écrire l’oedipe délié, le fantasme enjolivé, le désir déconstruit, l’être fiction indélébile, l’imaginaire individuel, l’intime chaos du corps, le cri du silence, l’impertinence de l’âme qui cherche ses mots qui se noient d’images qui se voient. Pour quoi. Pourquoi la langue.
7.
Si au moins je pouvais dire le pays de miron. Si au moins j’usais des outils de giguère. Si au moins je voyais les voyages des romans. Si seulement j’avais les pigments des pinceaux. Si seulement j’encadrais tout ce cinéma. Je n’édite qu’un rêve, rendu utile à personne.
8.
Un questionnaire de proust. L’entrevue radio tête d’affiche. Les sornettes marchandisées, les vacuités pardonnées. C’est ça, l’identité, en plein public, en grande fratrie, à la une télé. Le mensonge qui se vend, le petit rôle qu’on ment. Et en silence, le tarot de l’ermite en épreuve. Dans l’œuvre du destin, un mauvais calcul de solitude.
9.
Une orgie de papier pour défier les sceptiques. Un mètre en pile de poèmes, deux lieues de rubans vidéo, trois rayons de radio, et quatre murs clos. Comme un tiroir. Encore des métaphores.
10.
Ce qui me tue, c’est l’immobilité des journées, alors que je reste inutile altruiste dans le flot des événements. Désoeuvrée passeure au gué. Il faudrait la culture des minutes radio, des éclairs de voix, et traduire l’immensité des rencontres. Je suis soudaine, je reste abrupte. J’aime tout à la fois. Vite, dériver en pays lointain.
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11.
Je saurais choisir la baie-james et les barrages de rivières. Partir tout de suite, disparaître. Sans laisser de trace autre que des cartons en entrepôt. Dans un garage, j’écris refaire le monde, trouver le sens du nord, naviguer en eaux tumultes, décoller, recommencer, changer. Partir.
12.
Me décider enfin! Je cherche à me trouver, ça je le sais. J’aspire à l’utilité au monde, peu importe. J’ai des cœurs à plein régime, qui regardent ailleurs. Et j’ai ce chat gris, un rare ami. Vivre la rencontre du monde, dans une nature qui disparaîtra, perdre ma colère dans le nord, d’où j’arriverai, quand je serai loin.
13.
Mon documentaire personnel d’être du grand-œuvre de là-bas. Trouver racine dans mon territoire québec, même quand la taïga. Et manquer de tout.
jour de la terre
Il y a 16 ans
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